In memoriam Jeannette Joly 7 juin 1933-3 juillet 2017

Il y a quelques jours, nous apprenions ton départ. Une mauvaise surprise que nous peinons toujours à réaliser, car une partie de nous, probablement les enfants devenus grands, voulait croire que tu serais toujours à nos côtés, jusqu’à la toute fin, que tu serais éternelle.

C’est vrai que tu comptais pour nous tous, que nous t’aimions plus les uns que les autres, mais force est d’admettre que chacun de nous t’avons connue à notre manière; pour les uns tu es Ma Grand-Mère, pour les autres Mémère ou Mémé. Pourtant, nous sommes d’accord pour dire que tu étais une grand-mère aimante, avec de l’énergie à revendre. Le genre de grand-mère qui aimait rire et faire rire. Tu étais celle qui, dans les partys de famille, après un verre de vin (OU DEUX), se mettait à danser; en tapant des mains, tu mettais le party dans la place.

Ça nous rappelle toutes ces fois où tu nous recevais à souper, étant plus jeunes; et que nous n’avions pas fini de mastiquer notre première bouchée de jambon que tu nous en offrais davantage. Parce que c’était dans ta nature d’être généreuse et bienveillante envers les tiens, surtout nous, tes petits-enfants. Petits-enfants qui, nous devons bien l’admettre, n’étaient pas toujours ben ben sages. Tu te souviendrais sûrement des nombreuses fois où tu nous gardais et que nous faisons les cent et un coups. L’Univers lui-même sait de quelle patience tu as du t’armer pour tenir en place les « petits polissons » que nous étions. Juste pour ça, le bon Dieu devrait t’offrir une place à sa table, en-haut.

Mais trêve de plaisanterie, nous étions toujours contents quand tu venais de « L’autre bord » pour nous visiter. Aujourd’hui, ça serait le fun que tu reprennes tes vielles habitudes, comme dans le temps. Aweille, s’il te plait! Laisse faire le hockey et vient faire un tour!

On dit que, sans nécessairement s’en rendre compte, nous influençons les gens qui nous entourent. Nous aimerions te dire que, si nous avons tous ces fortes personnalités, c’est en partie à toi que nous la devons. Sache, aujourd’hui que tu nous as appris à faire face à l’adversité et tous les revers de la vie avec résilience et désinvolture (et qui sait que tu en connus, un peu trop, peut-être). Tu nous as prouvé à tous, qu’une personne, sous ses airs à priori fragiles, pouvait encaisser les difficultés qui aiment parfois nous barrer la route et à leur rire au nez, en tenant bon à la vie. Tu as tenu bon, jusqu’à la fin. Quoique, finalement, à nous entendre parler, à nous voir aller, dans cette course folle qu’est la vie, en tenant très serré ce seul héritage qui vaille vraiment, tous pourraient croire que tu es véritablement éternelle.

Nous te souhaitons bon voyage.

Tes petits enfants :
Gars, Sifine, Papat, Trésor, Cocotte et Moineau

Lettre à coeur ouvert à nos morceaux imaginaires

Allô!

Je ne te demanderai pas comment tu vas, car je peux le deviner à cet air absent qui ponctue usuellement ces moments d’impermanance de soi qui t’affligent coeur, âme et vie. Ceux-là où je ressens, jusqu’en mon sein, ta détresse; elle émane de tout ton être à en suiter sur les murs de notre prison de chair.

Avant de poursuivre, j’aimerais que tu saches que l’envie de prendre la plume s’impose à ma volonté; ces temps derniers, la voix me manque, se perd-elle dans les dédales de cet implacable sentiment d’impuissance qui terrasse tant mes jours.

Vois-tu, Amour, l’idée de fragmentation de nos êtres semble brouiller le canvas de façon insidieuse et intempestive. Pourtant, plus je tends à te connaitre, plus de l’image d’une personne entière, intègre et complexe se peint d’elle-même au milieu de mon décore ravagé par les intempéries rendant caduc le concept même de morceaux épars et incohérants; toi et moi savons que ce monde ne tient plus qu’à un fil.

Devines-tu où je veux en venir?

À cette envie irrépressible de paix, le temps de lécher et cacheter les plaies de nos enveloppes contenant les miettes de ces êtres messages que nous sommes et de les expédier vers le meilleur de leur répartition. Car, quand on y pense bien, l’insomnie n’est pas la fin du monde si on peut vivre un cauchemar éveillé.

Je parle bien sûr de ce désire impératif d’abandonner le monde à notre tour pour lui rappler que la levée du jour n’est que phénomène, qu’elle n’en est rien sans la vision poétique de ses témoins; la réalité nous rappelle plutôt l’évolution de notre vesseau, Terre mère, autour de la lumière incandescente de l’astre, calibrée par nos écrans DEL. En attendant, le sentiment que les hivers s’accumule sur nos desseins simule une sédimentation traitresse; souvenons-nous que l’équinoxe suivra et que sous nos pieds gelés, le noyau de volonté brûle toujours.

J’étouffe, mon regard s’accroche aux branches des arbres au loin et aux brindilles en bordure de notre route alors que la civilisation tend ses pièges spectraux et donne à chaque jour le pouvoir de m’infliger l’envie de ma laver de la boue du champ de combat pour m’emplir les mains de terreau où faire pousser notre relève. Partir, ne serait-ce qu’un temps, s’éloigner du vacarme pour retrouver le ton notre voix respective.

Mon être est en mal d’organique. Sous le toit des arbres dénudés, t’étenderas-tu dans la neige, à mes côtés? Comtempleras-tu, à travers les larmes, la demeure indigo nos astres parents? Le core réchauffé par la flamme iconique de nos ébats, accepteras-tu de partager le fardeau de ton affliction? Nos maux sont ces frères battant nos âmes soeurs. La prophylaxie ne peut être autre que leur emprisonnment vers l’exécution.

 

Réparation des épars

Je ressens l’impression d’un cœur gelé par le retour du froid.

Mon corps, lui, est engourdi, terrassé de douleur.

Le matin ne laisse aucune place à la lumière, je suis perdue, suspendue dans le néant ou dans le blizzard, sans fil d’Ariane pour le retour vers la chaleur des couvertures.

Jamais ne fut-ce davantage la peur de la distance physique que celle de la mort de la symbiose dans la quasi permanence de notre mal.

Cachetons donc les plaies de nos enveloppes contenant les miettes de ces êtres messages que nous sommes, expédiés vers le meilleur de leur répartition.

Car, quand on y pense bien, l’insomnie n’est pas la fin du monde si on peut vivre un cauchemar éveillé.

Ignifuges

Je résiste à la marée noire montante
Frappée de plein fouet par le ressac
Je lutte
La mer brûle et s’élève en un tsunami de flammes
Prête à choir sur ma volonté
La guerre bat le rythme à mes tympans
J’entends à peine ton appel
Suis-moi au combat
Amer qui, dans la tempête, se voulait ton repère
Les vaguelettes lèchent mes plaies à vif
Avant de se retirer vers le large
Présage de possible rétribution
Dont seul Poséidon possède le don et l’entendement
Des paludiers harcèlent mes paupières
En cascades jusqu’à mes mots
Pour qui l’amère s’improvise lexique
Fuir, se réfugier
À l’abri de rochers ignifuges
Mon immersion mettra ce monde à feu et à sang
Le temps de faire place à la vacuité
Des cenotés aux Mariannes
Les circonstances s’arment jusqu’aux dents
Nous empreuntons toustes
Bon gré malgré
Ces cannaux qui nous mènent indubitablement à l’écueil
Peine commune
Emplissant la faille
Qui sépare nos réalités
Notre échec
Je prendrai la lame de fond entre les épaules
Plutôt qu’en plein ventricule
La plage maculée
Sera lavée de mes maux
Et je quitterai
Portée par ces vagues non identitaires
Au large, à la dérive
Espérant un jour joindre tes côtes
Dès lors par l’enture de nos créations
Par la fusion de nos êtres
Nous rallierions nos langages

Un espèce de remède vieux comme Asclépios

La seule vengeance que je puisse contre cette situation où, d’une part je goûte l’amère déception d’un rêve abîmé, une aile brisée, et de l’autre ressens-je le froid du glaive acéré qui, dans mon ventricule meurtri se fiche sans pitié, lames des sentiments brûlants nourris à même mon essence; le seul talion qui me semble possible contre ces revers de la vie est, sans doute aucun, la création à coeur ouvert. Trouver refuge dans la fantaisie d’une autre réalité le temps que la mienne soit réhabilitée.

2016 est incontestablement une année étrange.

 

 

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Comité d’aurevoir!

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Autour du kilomètre 150, le matin du 29 juillet 2016, vers 3 heures, je me réveille en sursaut : un hurlement à glacer le sang retentit à quelques dizaines de mètre, au bout de la plage où nous campions. Un éclaireur a détecté notre présence et semblait ne pas apprécier.

 

Je fais mine de rien, puisqu’il est seul, mais le matin venu, j’en avise la personne avec qui je faisais cette expédition et lui rappelant que je lui avait signifier la veille, soit que je me sentais observée, d’en direction du boisé, derrière le campement.

 

Vers 11 h 30, voici à quoi nous avons droit.

 

Je ne comprends toujours pas leur comportement, puisque les loups se font usuellement discret autour des humains; ils ne nous aiment pas et nous craignent autant que nous nous les craignons et il est clair que nous faisions suffisamment de bruit pour qu’ils sachent que nous étions présents. Rappelons-nous de l’éclaireur qu’il les en avait informés.

 

Cet événement restera à jamais graver dans ma mémoire d’aventurière. 😉

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Embâcle? Pont!

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Dans ces coins les plus reculés du monde, les pires obstacles ne sont souvent pas le ours ou autres espèces constituant la faune locale, les roches en pleine face, à vive allure, le portage risqué sur pente glissante, ou bien une pluie incessante lors d’une expédition en milieu humide et sablonneux. À mon sens, ce qui me semble le plus difficile, c’est d’être confrontée à un embâcle de questions intrinsèques, comme des barrages érigés par ces castoridés, ingénieurs de toutes cette complexité humaine et toutes ces complications qui la ponctuent.

Il nous incombe alors à chacun(e) de trouver la force de travail et les outils intérieurs afin de réagréer la matière même des ce questionnement pour ainsi construire les ponts qui enjamberont nos difficultés.

Nous sommes à la recherche constante de nous-mêmes et c’est souvent perdus dans les canevas les plus sauvages que nous finissons par dépeindre,loin, à l’abris de l’influence et de l’opinion de tous, toutes et aucun(e), en pleine autodétermination, notre propre vérité…

…et elle prend souvent la forme d’un chemin à suivre.

Tout à un commencement…

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(Attention : Réalité projetée augmentée. Texte écrit le 19 juillet 2016.)

Au volant de la camionnette, Lex fredonnait un air connu et au-delà de ces notes, une autre chanson tournait en boucle, dans ma tête, provoquant certes une assonance singulière, mais non désagréable.

À la limite du Bouclier Canadien, sous des cieux d’un bleu de Copenhague, parcourus de quelques nuages, nous cheminions dans une atmosphère fébrile les 356 kilomètres qui nous séparaient de Waltham où se trouvait le camp de base, au kilomètre 25 de la rivière Noire, en Outaouais.

Le visage appuyé contre la vitre de la voiture, je ne pouvais qu’admirer la splendeur du paysage qui s’offrait à nous; de part et d’autre de la route, des bottes de foin emballées d’une pellicule de plastique blanc parsemaient les champs tels de petits cumulus épars, comme si ceux-là étaient de grandes étendues d’eau dorées reflétant le ciel.

Le lendemain matin, le décompte de 100 jours allait prendre fin, nous partions en amont de la rivière Noire pour atteindre le pont Manitou pour une expédition de kayak d’une douzaine de jours.

Nonobstant quelques mois de préparation, un amalgame de craintes et de certitudes quant à mes aptitudes à effectuer cette expédition persistait, il s’était néanmoins quelque peu diffusé à travers la récurrence des moments fébriles où je ne pouvais qu’imaginer la tournure de ce voyage. À 200 kilomètres de toute civilisation, tout pouvait arriver, en bien, comme en mal; nous étions préparés au pire, mais en rien à ce qui pouvait le surpasser.

Quelques dizaines de kilomètres avant de pénétrer dans la ZEC Pontiac, nous arrêtâmes à une station d’essence afin de faire le plein d’essence, mais aussi pour dévorer un repas sur le pouce, de façon limiter la préparation d’aliment ce soir-là et de nous permettre de nous reposer pleinement avant les 3 heures 30 minutes de chemin forestier que nous allions parcourir le lendemain jusqu’au pont. Nous devions atteindre le kilomètre 197, ce qui représentait 172 kilomètres de descente.

Arrivés au camp de base, nous installâmes chacun notre tente et profitâmes du réconfort et de la convivialité d’un bon feu de camp autour duquel le propriétaire et sa femme nous joignirent afin de discuter de détails administratifs, mais aussi de tout et de rien devant un délicieux sencha, sans amertume aucune, ni dans notre tasse, ni dans notre âme.

Vers 22 heures, nous allâmes nous coucher et après quelques facéties lancées à travers les parois de nos frêles abris et des brumes de l’assoupissement, un silence, comme une grande inspiration avant un long plongeon vers le sommeil, s’installa alors que nous apprécions toute la fébrilité inhérente à l’anticipation d’un tel aboutissement.

Bercée par le chant des criquets et des grenouilles, je m’endormie sans me souvenir.

Je repris conscience aux petites heures, alors que le camp était toujours endormi et commençai les préparatifs pour notre départ.