In memoriam Gérard Maheu 12 février 1957- 6 août 2017

Afin de fuir ne serait-ce qu’un moment la souffrance qu’infligeait ta propre douleur, il suffisait de détourner le regard vers la fenêtre du 7e étage pour saisir une vue imprenable sur la ville qui paraissait minuscule, vue de là-haut. Vaquant à leurs occupations quotidiennes, les occupants de la cité ignoraient tout du drame qui se déroulait dans ta modeste chambre d’hôpital; la distance qui nous séparait d’eux, autant physique d’autrement, était la preuve que la souffrance d’un homme est très peu de chose, en ce monde.

Mais de quel monde parlons-nous? Le nôtre s’écroulait un peu, sous le poids de la peine et de l’impuissance.

Mon oncle Gérard, notre monde, tu as participé à en établir ses fondements, tu en as toujours fait partie, toute notre vie. Tu n’avais pas d’enfant, c’est un fait, mais tu nous as tous pris sous ton aile, comme si nous étions les tiens. Tu étais comme un second père pour nous. Tu nous as fait rire et tu nous as soutenus dans la traversée tumultueuse de nos grands obstacles. Tu nous a tous acceptés tels quel, sans jamais avoir tenté de changer qui nous étions. Jamais tu n’as émis un quelconque jugement sur nos choix, peu t’importait qu’ils fussent médiocres, ordinaires, ou les pires. Nous restions tes nièces, tes neveux, les tiens.Tu étais là depuis le début, tu nous as adoptés sur le champ. Tu nous as pris dans tes bras alors que nous vivons les premières heures de nos vies et aujourd’hui, nous pleurons la fin de la tienne qui a été trop courte à notre goût; tu n’aurais pas dû partir si tôt. Ce monde, il pourrait nous paraître injuste si nous n’avions pas eu la chance d’être si bien entourés. S’il ne nous laissait pas autant de bons souvenirs.

Nous nous gardons toujours en mémoire cette fois, quand nous étions petites, toi et ma tante étiez venus nous rendre visite, en apportant avec vous une surprise; vous nous aviez acheté, à Patricia et à moi, chacun petit vélo bleu avec les petites roues à l’arrière. Tu étais le parrain de ma sœur, mais tu ne m’as jamais laissée pour compte.

Nous n’oublierons jamais les promenades sur tes épaules, lors d’un voyage, à Niagara Falls. Te souviens-tu de l’odeur d’humidité, particulière aux chutes?

Et de ces nombreuses fois où nous allions passer la nuit chez vous ou de ses lendemains matin aux œufs frais, achetés à la ferme à côté?

Michel, Vanessa et Mathieu me racontaient qu’au camping, le matin, ils aboutissaient dans votre roulotte pour quémander des crêpes.

Il y avait aussi les soirées avec ta disco mobile au camping, dans les partys de famille, les épluchettes dans le garage.

Vanessa est toujours émue de la fois où tu lui as apporté un micro onde neuf pour lui donner un coup de pouce, lorsqu’elle en avait le plus besoin.

Donald Jr, lui, gardera probablement de vifs souvenirs de vos balades dans les pits de sable.

Mais surtout, ce qui restera à jamais gravé dans notre mémoire c’est, qu’une fois par année, tu devenais une sorte de héro pour nous. En revêtant ton fameux costume, celui de Père Noël, tu meublais les fêtes de notre bien modeste enfance de merveilleux et d’imagination.

Bon, il y a aussi d’autres fois où tu te cachais derrière un masque de gorille assez réaliste pour essayer de nous faire peur. Ça nous faisait pas mal plus rire qu’autre chose.

Pour toutes ces raisons et celles que nous ne mentionnons pas, tu resteras à jamais à nos côtés, quelques part, dans nos cœurs, dans la mémoire de ta famille.
Ta fiole, tes neuves et nièces, Donald, Karen, Patricia, Michel, Vanessa, Mathieu

Mais aussi ta petite-nièce et ton petit-neveu, Lily-Rose et Tommy

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