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(Attention : Réalité projetée augmentée. Texte écrit le 19 juillet 2016.)

Au volant de la camionnette, Lex fredonnait un air connu et au-delà de ces notes, une autre chanson tournait en boucle, dans ma tête, provoquant certes une assonance singulière, mais non désagréable.

À la limite du Bouclier Canadien, sous des cieux d’un bleu de Copenhague, parcourus de quelques nuages, nous cheminions dans une atmosphère fébrile les 356 kilomètres qui nous séparaient de Waltham où se trouvait le camp de base, au kilomètre 25 de la rivière Noire, en Outaouais.

Le visage appuyé contre la vitre de la voiture, je ne pouvais qu’admirer la splendeur du paysage qui s’offrait à nous; de part et d’autre de la route, des bottes de foin emballées d’une pellicule de plastique blanc parsemaient les champs tels de petits cumulus épars, comme si ceux-là étaient de grandes étendues d’eau dorées reflétant le ciel.

Le lendemain matin, le décompte de 100 jours allait prendre fin, nous partions en amont de la rivière Noire pour atteindre le pont Manitou pour une expédition de kayak d’une douzaine de jours.

Nonobstant quelques mois de préparation, un amalgame de craintes et de certitudes quant à mes aptitudes à effectuer cette expédition persistait, il s’était néanmoins quelque peu diffusé à travers la récurrence des moments fébriles où je ne pouvais qu’imaginer la tournure de ce voyage. À 200 kilomètres de toute civilisation, tout pouvait arriver, en bien, comme en mal; nous étions préparés au pire, mais en rien à ce qui pouvait le surpasser.

Quelques dizaines de kilomètres avant de pénétrer dans la ZEC Pontiac, nous arrêtâmes à une station d’essence afin de faire le plein d’essence, mais aussi pour dévorer un repas sur le pouce, de façon limiter la préparation d’aliment ce soir-là et de nous permettre de nous reposer pleinement avant les 3 heures 30 minutes de chemin forestier que nous allions parcourir le lendemain jusqu’au pont. Nous devions atteindre le kilomètre 197, ce qui représentait 172 kilomètres de descente.

Arrivés au camp de base, nous installâmes chacun notre tente et profitâmes du réconfort et de la convivialité d’un bon feu de camp autour duquel le propriétaire et sa femme nous joignirent afin de discuter de détails administratifs, mais aussi de tout et de rien devant un délicieux sencha, sans amertume aucune, ni dans notre tasse, ni dans notre âme.

Vers 22 heures, nous allâmes nous coucher et après quelques facéties lancées à travers les parois de nos frêles abris et des brumes de l’assoupissement, un silence, comme une grande inspiration avant un long plongeon vers le sommeil, s’installa alors que nous apprécions toute la fébrilité inhérente à l’anticipation d’un tel aboutissement.

Bercée par le chant des criquets et des grenouilles, je m’endormie sans me souvenir.

Je repris conscience aux petites heures, alors que le camp était toujours endormi et commençai les préparatifs pour notre départ.