Le projet Romaine, le plan nord, la loi c-45 : De mauvaises idées depuis 1968

Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes, pour les résoudre. –Albert Einstein

Depuis que je milite, et surtout depuis Occupons Montréal, j’entends beaucoup de gens faire référence à la Scandinavie, à quel point la qualité de vie, dans ces pays nordiques est meilleure qu’ici, qu’ils sont un exemple à suivre au niveau du socio-politique. Cependant, si certains aspects de ces pays sont exemplaires, est-il possible que l’herbe soit plus verte chez le voisin tout simplement parce qu’elle profite de tout l’engrais que peut fournir un dépotoir?

Pour vous mettre en contexte, et pour que vous aillez l’heure juste, je vous invite à voir le documentaire sur le projet de la rivière Romaine, Chercher le courant, produit par Denis McCready et réalisé par Nicolas Boisclair et Alexis De Gheldere, qui a fait sa sortie en 2010. Film qui est malheureusement toujours d’actualité, mais qui a fort heureusement remporté, en septembre dernier, le Gémeau du Meilleur documentaire : société. Ce qui en prouve et sa qualité et la véracité du son contenu.

Chercher le courant

J’admets que jusqu’à tout récemment, tout la culture  que je détenais en ce qui concerne la Laponie et son peuple, les Sámes, venait d’un conte de Hans Christian Andersen intitulé La reine des neiges (une femme froide qui enlevait les petits garçon, y résidait, dans son palais de glace d’où personne ne pouvait sortir) que j’écoutais tout à fait distraite, en compagnie de ma sœur cadette, tout deux assises sur le tapis de cette chambre que nous partagions, dans notre petite maison familiale de la campagne montérégienne. Il y avait belle et bien là choc culturel, mais aujourd’hui, ce dont je parle, ici, c’est davantage de l’indignation et du questionnement.

C’est l’histoire qui se répète de ceux qui ne comprennent pas qu’une erreur ne se fait qu’une fois et que sinon devient un choix :

Il y a quelques semaines, en discutant avec mon ami de longue date, Kjell de son prénom, un résident de Trondheim, en Norvège, je déblatérais quelque peu sur l’état politique pitoyable dans lequel se retrouvent, présentement, les foutoirs du Québec et du Canada. Bien sûr les sujets du projet de la rivière Romaine et le plan nord étaient à l’ordre du jour (la loi c-45 n’était pas encore passée). C’est ainsi que j’apprendrai qu’à la fin des année ’70 et au début de années ’80, la Norvège a connu le même genre de controverse que celui de la rivière Romaine et ce, avec un projet similaire : le barrage hydroélectrique de la rivière Alta, dans le compté de Finnmark, au nord du pays.

Projet de Centrale hydroélectrique de la rivière Alta

Ce qui est le plus frappant dans la liste des similarités, ce sont les réactions et moyens de pression des Premières Nations, écologistes et activistes de l’époque en Norvège qui sont comparables avec celles de ceux d’aujourd’hui, au Québec, engendrées par le projet Romaine, soit la désobéissance civile, blocage des routes, manifestations, grève de la faim, mais ce qui aussi les proportions très différentes des mobilisations, au Québec, beaucoup de gens sont au courant de la situation, très peu réagissent.

M’est avis que les réactions face à ces projets visant à vendre de l’électricité à perte aux Américains, à enrichir des corporations étrangères en échange d’une poignée de change ou, dans le cas de la loi c-45, leur laisser le champ libre de toutes lois de protection de l’environnement qui leur mettrait des bâtons dans  les roues. Tout cela, bien sûr, au détriment des Québécois, des Canadiens, mais surtout des Premières Nations qui voient leur territoires ravagés par les exploitations de toutes sortes et leurs droits relégués, avec une désinvolture haïssable, à la filière 13. Tout ce non sens devrait susciter beaucoup plus de soulèvement au sein de la population du Québec et du Canada.

Ce que l’histoire omet, que tous ou presque ignorent et qui, pourtant, pourrait être une piste de solution et une solide revendication venant des Premières Nations du Québec et du Canada :

Tout à commencé en 1968, quand on eut l’excellente idée d’arnacher la rivière Alta, dans le compté de Finnmark, au nord de la Norvège et ce, au détriment de la communauté de Masi, d’une population de quelques 200 personnes qui risquait de voir ses terres inondées lors de la construction du barrage. Cependant, en 1973, le Storting, le parlement norvégien, vota la protection inconditionnelle de Masi, après avoir rencontré de la résistance de certains groupes activistes, notamment la fondation du Aksjonskomiteen against neddemming by Masi en 1970. Les enjeux étaient grands, pour les Sámes, non seulement il s’agissait de déplacer toute une communauté, mais le projet affecterait la pêche au saumon et la migration des rennes, principales source de revenus et alimentaire des peuples autochtones du pays. Pourtant, souffrant de confusion, peut-être après avoir un peu trop forcé sur le vin, cinq ans plus tard, les membres du parlement autorisèrent tout de même la construction d’un barrage sur la rivière. Allez savoir ce qui s’est produit! Imagination is the limit, comme ils disent. Mais enfin, c’est ainsi que le Mouvement populaire contre le développement du cours d’eau Alta-Kautokeino (Folkeaksjonen mot utbygging av Alta-Kautokeinovassdraget) sera fondé pour empêcher les travaux de construction du barrage, qui comptera, à son apogée, autour de 20 000 membres. Ces groupes et bien d’autres eurent recours aux tribunaux pour tenter de faire avorter le projet.

Durant l’été 1979, un camp de près de 6 000 personnes sera organisé, à Detsika. Bien des artistes seront présents, et parmi ceux-ci il y aura Buffy Sainte-Marie, une musicienne et actrice d’origine Cree, née en Saskatchewan, en 1941. Tout cela donne le ton à la résistance face à laquelle, les travaux seront suspendus deux fois, à travers les quelques années, à cause des grèves de la faim, mais pour reprendre ensuite. C’est à l’automne 1979 que de principaux actes de désobéissance civile seront perpétrés; de nombreux activistes sámes camperont devant le parlement norvégien (ceci rappellera sans doute quelque chose à certains), sept d’entre eux débuteront, dès lors, une grève de la faim. Mille autres personnes s’enchaîneront sur le site du barrage, à la suite d’une promesse du président, pour éviter que la situation ne dérape. Il avait fait mine de faire preuve de bonne volonté en promettant que le parlement allait revenir sur sa décision, cependant le parlement n’avait pas obtempéré, mensonge qui sema l’indignation. Il avait même fait l’autre promesse d’utiliser l’armée pour venir à bout de la résistance, mais n’y a, heureusement, pas donné suite à cette menace. Il eu même, le 19 mars 1982, une tentative de dynamitage d’un pont, mais sans succès, la centrale fut achevée et inaugurée, en 1987.

Tout parait maintenant comme si les opposants au projet Alta ont perdu, en bout de ligne. Il est vrai que le site ne sera jamais plus le même et que le mal qui a été fait, ne pourra jamais être réparé. Cependant, entre temps, en 1984, le Conseil des droits sámes remit au Storting des recommandations qui seront à la base de sa décision d’établir le Sámedeggi, le parlement sáme qui sera inauguré le 9 juillet 1989. Un gain important pour le peuple qui se voyait remettre le contrôle de leur identité, de leur culture, de leur langue, de l’industrie, et leur vaut, maintenant un traitement, à priori, équitable, mais quand est-il de leur territoire?

Le Sámedeggi

Il est clair que l’obtention du Sámedigg, n’a pas tout réglé les problèmes que vivent les Sámes, mais semblerait-il, que la situation ce soit nettement améliorée, comparativement celle des kvénes, un autre peuple autochtone du nord du pays, qui malgré avoir reçu l’autorisation d’enseigner leur langue maternelle dans leurs écoles, en 2005, et qui fut reconnue comme langue minoritaire, la même année, ne semble pas jouir de la même qualité de vie, ni du même contrôle de leur culture et aucunement de leurs terres.

M’est avis qu’il est toujours étrange de constater qu’un peuple doive même recevoir une autorisation de l’état avant de pouvoir même bénéficier de sa propre culture. Quoi qu’il en soit, nous pouvons constater, en lisant l’article suivant, que peu importe le pays qu’ils peuplent, les nations autochtones subissent le même sort, se sont les mêmes enjeux: le même harcèlement, la même discrimination, la même oppression, la même misogynie, la même assimilation ou la même indifférence, les mêmes vols… et les résultats sont les mêmes indépendamment de la nationalité. Ces deux extraits en disent long.

« Ce phénomène permettrait également d’expliquer pourquoi, dans cette dernière, ce sont les Kvènes qui disent avoir le plus de soucis de santé : ils y sont, en effet, un groupe minoritaire, dont la culture et l’identité manquent du soutien apporté aux peuples samis, alors que des institutions spécifiquement kvènes n’ont pas encore été créées. »

« En effet, les femmes, fréquemment victimes de discrimination, rapportent un moins bon état de santé que les hommes dans une situation comparable. »

Les effet de la discrimination sur la Santé perçue chez ses samis

Donc, si nous suivons cette logique, nous seulement un parlement officielle non seulement aiderait la question foncière, mais aussi celle identitaire?

Questionnement profond et inquiétudes, avenir, décisions, déclaration :
Jusqu’où les Premières Nations sont-elles prêtes à aller pour recouvrir ce qui leur revient de droit? Un parlement serait une bonne solution de départ à envisager s’il vient avec le règlement de la question foncière? Sans copier le modèle du Sámedeggi, serait-ce une revendication pertinente de la part des peuples autochtones? Comment se fait-il que la Norvège donne le statut de langue minoritaire au kvène et qu’ici, les gouvernements font quasiment comme si les Premières Nations n’existaient pas?

Lorsque l’on aborde mes inquiétudes, on fait bien sûr référence aux moyens utilisés par les gouvernements pour faire taire la révolte des peuples, autant autochtones que Québécois ou Canadiens et leur réactions face à elle : la manipulation de l’information, la répression policière, le déni, la désinvolture, le mépris, le manque d’humanisme, l’insouciance… À voir les tendances de M. Harper à vouloir se fabriquer des ennemis, même au sein de sa propre population, si le soulèvement venait à prendre une ampleur inattendue ou que la situation venait à  se corser, et qu’à l’instar du président norvégien de l’époque du projet Alta, Odvar Nordli, il nous menace de son armée, qui nous dit que lui ne déciderait pas, finalement de l’utiliser contre nous?

Le moment est venu pour nous tous de décider de l’avenir que nous voulons et de déterminer quels sacrifices nous sommes prêts à faire pour le rendre possible. Est venu le temps de la réconciliation, du partage des richesses, du territoire, mais entre nous, peuples autochtones, Québécois et Canadien et de dire aux étrangers qu’ils devront nous respecter, et respecter nos conditions. Nous sommes arrivés à l’époque où nous devons travailler ensemble, nous entraider. En attendant je déclare que:

Je supporte Idle No More! 🙂

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