Prophétie 4 – Livre des ombres triturés

Un genou enfoncé dans la terre, une lame écarlate à la main, tête baissée, je contemple la plaie par laquelle s’accumule à l’envers de ma vie, à chaque goutte tombée.

Autour de moi, de milliers d’yeux portant sur la moitié moins d’âmes guettent dans l’effarement et la confusion ce moment où je courbe l’échine pour contempler, au-delà de ma propre affliction, le corps de ton antagoniste refroidissant dans la boue, parmi les déchets, à sa juste place.

Chacune de mes inspirations, chacune des pulsations de mon cœur meurtri tentent de pallier à l’hémorragie et la joie porte sur nous, êtres abîmes, un regard brisé.

Les circonstances accumulent l’évidence, mais je t’en fais la promesse, je ne quitterai pas ce monde, pas ce soir. J’aperçois ton tant aimé visage alors que du bout de tes doigts caressant ma peau maculée de terre et de sang, tu décryptes mon histoire, comme on le ferait pour de vieux hiéroglyphes. Ils t’enseigneraient de vielles vérités; ils t’auraient raconter ce qui va suivre.

Goutte par goutte, culmine une puissance hors de ce monde, hors de ce temps.

L’entaille s’élargit enfin, comme à la naissance de la lumière, mon corps se tend, mes bras s’écartant de celui-ci, mon visage vers le ciel, dans un hurlement à gorgée déployée que nul astre ne peut ignorer, torturée par la douleur inhérente à la gésine du nouveau monde, j’ordonnai à l’Univers de te préserver et il répond par la beauté d’une pluie de ses joyaux perséides.

Ainsi s’annonce le soulèvement des malmenés.

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