Abîmée

Le silence tombe sur mon insomnie
L’espoir dans l’abîme le suit
Tiens-moi
Ô! Retiens-moi de m’y jeter
Tiens-moi serrer
Par morceaux je me détache
De moi
Un par un aspirés
Vers le fond du rien
Ces parties du vain
Quand à l’absurde
Plus un rire aucun
La joie déserte ma foi
L’indifférence devient roi
La désinvolture
Un baise-main
Une geôle
Puis une guillotine
Tant de lumière
As-tu sacrifiée
Offrandes aux bi-dimensionnelles
Ces vaines tapisseries
Recouvrant de vide et d’artifices
Le noir moisi
De ton édifice
Mon bûcher
Tant de regrets choisis
À même ses braises
Serre-moi
Ô! Retiens-moi
De m’immoler
Car jamais ne pourrai-je
Consentir au repenti

T’oublier

Faut que je sorte d’ici.
Ma tête tourne
Le cœur sur le bord des lèvres
À vouloir hurler jusqu’à plus d’souffle
Que je me souvienne
À travers mes doléances
De celle que je suis
Et que je retrouve mon chemin
Ou une autre route
À travers les ronces
À braver tes épines
À écouter le silence
Tombé sur notre histoire
Aussi subite et brève
Que celle d’une mort infantile
Je dois me rappeler
De l’odeur de mon existence
Sans la présence de ton aura
Du vent sur mon visage détrempé
Séchant ces larmes inutiles
Ma lumière dois renaître
Une fois la nuit tombée
Ou le matin sera
Une fois encore
Déchirement et fossé

Tempus fugit

Qu’importe des creuses paroles se voulant réconfort
Revêtant les habits fétiches du loup travesti en la réalité
Il existe de ces êtres qui ne souffrent jamais de la comparaison
Pour lesquels n’existe aucun substitut
L’absence de son sourire phare
Tamise dangereusement ma lumière
Je rapaille les lettres éparses de notre histoire
Saupoudrées des cendres de notre passion
Espérant la renaissance du dernier chapitre
Aux pages brûlées
Niant le dénouement
Viscères nouées
La corde au cou
Le destin sous la lame
Le futur sous la menace
Du vide utérin
Les flammes du mal
Le rêve combustible
Signaux insaisissables
Que nos jours se tarissent
Que l’été s’achève
Que la bise s’en mêle
Que ces congères m’enterrent
Que le froid sévisse
Que le loup solitaire
Se repaisse de mon coeur éventré
Que la réalité aura raison de moi

Ton nom sera entendu par-delà l’horizon

Odysseus

My eyes in Ionian tears
Standing at the gate
For ages, your return my fears await
Through the flames of Troy
And the betrayal
Babe, your city was burning
And the sea is raging
Beyond the wave
I can hear Calypso’s moaning
As she reaches climax
In appreciation of your unfaithful art
Damned to the abyss
I welcome the blazing tide
To silence my pain
Shuts her up
Faithful bargainer of perpetual grief
I’m fucking Penelope
For ages I’ll wait for your return
Pushing them fuckers away
Lit my dreams
You are all I can think of, babe
So let me know
Pick up my bow
Accept the challenge
Step into the beam
Don’t let me rot here
At the gate of your kingdom
For the contentment of them vultures
Everything behind the odyssey
Nothing before their eyes
But our muse
Our duality
Internally
Sets one foot in the light
Casting the other into the darkness
The right in white
The left in Hell
At ending the Cycle, should we fail
Our remains good for the spoil of the scavengers
Our legacy for the delight of immaterial

Fireproof (translation of French poem « Ignifuges »)

To the ones that grieve : this world needs you more than ever. 

I resist to the dark rising  tide
Hit hard by the surf
I struggle
The sea burns and arises in a tsunami of flames
About to crush my willpower
The war pounds my eardrums
I barely hear your call
Follow me to battle
Seamarks were meant to be your references in the storm
Wavelets lick my wounds
Before retiring to the open sea
Presage of a possible retribution
Of which alone Poseidon possesses the gift and understanding
Salt workers harass my eyelids
Down in cascades to my words
Straight out the tarred lexicon of bitterness
To flee, to seek refuge
Sheltered behind the fireproof rocks
My immersion will set this bleeding world ablaze
While it gives way to emptiness
From the cénotes to the Mariana
The circumstances arm themselves to the teeth
All of us take willi-nilly
The waterways that lead us indubitably to the reef
Common punishment
Filling the fault
Separating our realities
Our failure
I would rather take the groundswell between the shoulder blades
Rather than in my ventricule
The blood stained sand
Washed of my troubles
I would leave
Carried by the waves of anonymity
In hope that one day
Adrift offshore
I will reach your coast
And there, through the inlet of our creation
By the fusion of us two
We would reunite our languages

Lettre à coeur ouvert à nos morceaux imaginaires

Allô!

Je ne te demanderai pas comment tu vas, car je peux le deviner à cet air absent qui ponctue usuellement ces moments d’impermanance de soi qui t’affligent coeur, âme et vie. Ceux-là où je ressens, jusqu’en mon sein, ta détresse; elle émane de tout ton être à en suiter sur les murs de notre prison de chair.

Avant de poursuivre, j’aimerais que tu saches que l’envie de prendre la plume s’impose à ma volonté; ces temps derniers, la voix me manque, se perd-elle dans les dédales de cet implacable sentiment d’impuissance qui terrasse tant mes jours.

Vois-tu, Amour, l’idée de fragmentation de nos êtres semble brouiller le canvas de façon insidieuse et intempestive. Pourtant, plus je tends à te connaitre, plus de l’image d’une personne entière, intègre et complexe se peint d’elle-même au milieu de mon décore ravagé par les intempéries rendant caduc le concept même de morceaux épars et incohérants; toi et moi savons que ce monde ne tient plus qu’à un fil.

Devines-tu où je veux en venir?

À cette envie irrépressible de paix, le temps de lécher et cacheter les plaies de nos enveloppes contenant les miettes de ces êtres messages que nous sommes et de les expédier vers le meilleur de leur répartition. Car, quand on y pense bien, l’insomnie n’est pas la fin du monde si on peut vivre un cauchemar éveillé.

Je parle bien sûr de ce désire impératif d’abandonner le monde à notre tour pour lui rappler que la levée du jour n’est que phénomène, qu’elle n’en est rien sans la vision poétique de ses témoins; la réalité nous rappelle plutôt l’évolution de notre vesseau, Terre mère, autour de la lumière incandescente de l’astre, calibrée par nos écrans DEL. En attendant, le sentiment que les hivers s’accumule sur nos desseins simule une sédimentation traitresse; souvenons-nous que l’équinoxe suivra et que sous nos pieds gelés, le noyau de volonté brûle toujours.

J’étouffe, mon regard s’accroche aux branches des arbres au loin et aux brindilles en bordure de notre route alors que la civilisation tend ses pièges spectraux et donne à chaque jour le pouvoir de m’infliger l’envie de ma laver de la boue du champ de combat pour m’emplir les mains de terreau où faire pousser notre relève. Partir, ne serait-ce qu’un temps, s’éloigner du vacarme pour retrouver le ton notre voix respective.

Mon être est en mal d’organique. Sous le toit des arbres dénudés, t’étenderas-tu dans la neige, à mes côtés? Comtempleras-tu, à travers les larmes, la demeure indigo nos astres parents? Le core réchauffé par la flamme iconique de nos ébats, accepteras-tu de partager le fardeau de ton affliction? Nos maux sont ces frères battant nos âmes soeurs. La prophylaxie ne peut être autre que leur emprisonnment vers l’exécution.

 

Réparation des épars

Je ressens l’impression d’un cœur gelé par le retour du froid.

Mon corps, lui, est engourdi, terrassé de douleur.

Le matin ne laisse aucune place à la lumière, je suis perdue, suspendue dans le néant ou dans le blizzard, sans fil d’Ariane pour le retour vers la chaleur des couvertures.

Jamais ne fut-ce davantage la peur de la distance physique que celle de la mort de la symbiose dans la quasi permanence de notre mal.

Cachetons donc les plaies de nos enveloppes contenant les miettes de ces êtres messages que nous sommes, expédiés vers le meilleur de leur répartition.

Car, quand on y pense bien, l’insomnie n’est pas la fin du monde si on peut vivre un cauchemar éveillé.

Ignifuges

Je résiste à la marée noire montante
Frappée de plein fouet par le ressac
Je lutte
La mer brûle et s’élève en un tsunami de flammes
Prête à choir sur ma volonté
La guerre bat le rythme à mes tympans
J’entends à peine ton appel
Suis-moi au combat
Amer qui, dans la tempête, se voulait ton repère
Les vaguelettes lèchent mes plaies à vif
Avant de se retirer vers le large
Présage de possible rétribution
Dont seul Poséidon possède le don et l’entendement
Des paludiers harcèlent mes paupières
En cascades jusqu’à mes mots
Pour qui l’amère s’improvise lexique
Fuir, se réfugier
À l’abri de rochers ignifuges
Mon immersion mettra ce monde à feu et à sang
Le temps de faire place à la vacuité
Des cenotés aux Mariannes
Les circonstances s’arment jusqu’aux dents
Nous empreuntons toustes
Bon gré malgré
Ces cannaux qui nous mènent indubitablement à l’écueil
Peine commune
Emplissant la faille
Qui sépare nos réalités
Notre échec
Je prendrai la lame de fond entre les épaules
Plutôt qu’en plein ventricule
La plage maculée
Sera lavée de mes maux
Et je quitterai
Portée par ces vagues non identitaires
Au large, à la dérive
Espérant un jour joindre tes côtes
Dès lors par l’enture de nos créations
Par la fusion de nos êtres
Nous rallierions nos langages