Fireproof (translation of French poem « Ignifuges »)

To the ones that grieve : this world needs you more than ever. 

I resist to the dark rising  tide
Hit hard by the surf
I struggle
The sea burns and arises in a tsunami of flames
About to crush my willpower
The war pounds my eardrums
I barely hear your call
Follow me to battle
Seamarks were meant to be your references in the storm
Wavelets lick my wounds
Before retiring to the open sea
Presage of a possible retribution
Of which alone Poseidon possesses the gift and understanding
Salt workers harass my eyelids
Down in cascades to my words
Straight out the tarred lexicon of bitterness
To flee, to seek refuge
Sheltered behind the fireproof rocks
My immersion will set this bleeding world ablaze
While it gives way to emptiness
From the cénotes to the Mariana
The circumstances arm themselves to the teeth
All of us take willi-nilly
The waterways that lead us indubitably to the reef
Common punishment
Filling the fault
Separating our realities
Our failure
I would rather take the groundswell between the shoulder blades
Rather than in my ventricule
The blood stained sand
Washed of my troubles
I would leave
Carried by the waves of anonymity
In hope that one day
Adrift offshore
I will reach your coast
And there, through the inlet of our creation
By the fusion of us two
We would reunite our languages

Ignifuges

Je résiste à la marée noire montante
Frappée de plein fouet par le ressac
Je lutte
La mer brûle et s’élève en un tsunami de flammes
Prête à choir sur ma volonté
La guerre bat le rythme à mes tympans
J’entends à peine ton appel
Suis-moi au combat
Amer qui, dans la tempête, se voulait ton repère
Les vaguelettes lèchent mes plaies à vif
Avant de se retirer vers le large
Présage de possible rétribution
Dont seul Poséidon possède le don et l’entendement
Des paludiers harcèlent mes paupières
En cascades jusqu’à mes mots
Pour qui l’amère s’improvise lexique
Fuir, se réfugier
À l’abri de rochers ignifuges
Mon immersion mettra ce monde à feu et à sang
Le temps de faire place à la vacuité
Des cenotés aux Mariannes
Les circonstances s’arment jusqu’aux dents
Nous empreuntons toustes
Bon gré malgré
Ces cannaux qui nous mènent indubitablement à l’écueil
Peine commune
Emplissant la faille
Qui sépare nos réalités
Notre échec
Je prendrai la lame de fond entre les épaules
Plutôt qu’en plein ventricule
La plage maculée
Sera lavée de mes maux
Et je quitterai
Portée par ces vagues non identitaires
Au large, à la dérive
Espérant un jour joindre tes côtes
Dès lors par l’enture de nos créations
Par la fusion de nos êtres
Nous rallierions nos langages

Tout à un commencement…

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(Attention : Réalité projetée augmentée. Texte écrit le 19 juillet 2016.)

Au volant de la camionnette, Lex fredonnait un air connu et au-delà de ces notes, une autre chanson tournait en boucle, dans ma tête, provoquant certes une assonance singulière, mais non désagréable.

À la limite du Bouclier Canadien, sous des cieux d’un bleu de Copenhague, parcourus de quelques nuages, nous cheminions dans une atmosphère fébrile les 356 kilomètres qui nous séparaient de Waltham où se trouvait le camp de base, au kilomètre 25 de la rivière Noire, en Outaouais.

Le visage appuyé contre la vitre de la voiture, je ne pouvais qu’admirer la splendeur du paysage qui s’offrait à nous; de part et d’autre de la route, des bottes de foin emballées d’une pellicule de plastique blanc parsemaient les champs tels de petits cumulus épars, comme si ceux-là étaient de grandes étendues d’eau dorées reflétant le ciel.

Le lendemain matin, le décompte de 100 jours allait prendre fin, nous partions en amont de la rivière Noire pour atteindre le pont Manitou pour une expédition de kayak d’une douzaine de jours.

Nonobstant quelques mois de préparation, un amalgame de craintes et de certitudes quant à mes aptitudes à effectuer cette expédition persistait, il s’était néanmoins quelque peu diffusé à travers la récurrence des moments fébriles où je ne pouvais qu’imaginer la tournure de ce voyage. À 200 kilomètres de toute civilisation, tout pouvait arriver, en bien, comme en mal; nous étions préparés au pire, mais en rien à ce qui pouvait le surpasser.

Quelques dizaines de kilomètres avant de pénétrer dans la ZEC Pontiac, nous arrêtâmes à une station d’essence afin de faire le plein d’essence, mais aussi pour dévorer un repas sur le pouce, de façon limiter la préparation d’aliment ce soir-là et de nous permettre de nous reposer pleinement avant les 3 heures 30 minutes de chemin forestier que nous allions parcourir le lendemain jusqu’au pont. Nous devions atteindre le kilomètre 197, ce qui représentait 172 kilomètres de descente.

Arrivés au camp de base, nous installâmes chacun notre tente et profitâmes du réconfort et de la convivialité d’un bon feu de camp autour duquel le propriétaire et sa femme nous joignirent afin de discuter de détails administratifs, mais aussi de tout et de rien devant un délicieux sencha, sans amertume aucune, ni dans notre tasse, ni dans notre âme.

Vers 22 heures, nous allâmes nous coucher et après quelques facéties lancées à travers les parois de nos frêles abris et des brumes de l’assoupissement, un silence, comme une grande inspiration avant un long plongeon vers le sommeil, s’installa alors que nous apprécions toute la fébrilité inhérente à l’anticipation d’un tel aboutissement.

Bercée par le chant des criquets et des grenouilles, je m’endormie sans me souvenir.

Je repris conscience aux petites heures, alors que le camp était toujours endormi et commençai les préparatifs pour notre départ.

Tempétueuses oubliettes

Ils en avaient visiblement perdu le goût,
Ils me semblèrent décolorés ou monochromes,
Ne l’étions-nous pas tous, pourtant?
Endommagée, effrayée par sa disparition,
J’aurais toujours pu rebrousser chemin,
Mais ma conscience m’obligeait d’avancer.
Il nous fallait tous continuer dans la même cavalerie,
Mais où nous menaient ces chevaux de mer?
Dans la même galère,
Emportés par ces vagues écumantes de rage,
Là où il nous était impossible de le concevoir.

Qui tenait les reines, la barre, vers cette éminente guerre?
Lui.

Je relus mon journal personnel,
Les joints cohésifs d’une histoire vraie,
Dénuée de cohérence matérielle,
Fragments évasifs d’une vie éthylique,
Toutes ces choses que je savais vraies,
Mais en rien saisissables.
Toutes écrites de ma main,
Et rien de tout cela n’existait pour le reste.

Je les sommai de me dire la vérité,
Évitant de leur énumérer toutes ces choses horribles,
Qui, en de telles circonstances,
L’on pouvait faire subir,
À un traitre.

J’en avais assez vu, trop vécu,
Pour que le temps qui me restât à fouler cette Terre,
Je l’eusse passé à m’arrêter à chaque pas pour haïr quelqu’un,
Mais, dorénavant,
Chaque seconde comptait,
Et ils étaient amis et nous étions ce que nous étions.

Amenez tout ce que vous pouvez d’alcool,
Il nous faut relâcher cette pression.
Trop est toujours mieux que juste assez,
Et c’était la Nuit au Chalet de la montagne.
Et les onze que nous étions quittèrent sur le champ,
En direction du Mont.

J’eus soudain envie de revoir la scène,
Un détour et nous marchâmes,
Jusqu’aux cendres de Saint-Jean-Baptiste,
Ce que j’y vis me cloua sur place,
Tout n’y était plus que ruines et cendres,
Mais comment allions-nous faire pour tout réparer?

En ce qui paru comme une réponse,
Une douce brise de juin passa sa main spectrale dans mes cheveux,
Derrière ma nuque,
Me faisant frissonner,
Elle me rappela que nous étions tout aussi mortels,
Que ceux qui s’étaient éteints, ici,
Quelques jours avant.

Des cendres volaient sur le souffle d’un soupir,
Apportant la rumeur d’une histoire que je ne pouvais saisir de mes mains,
Jamais sans les salir!

J’allai jusqu’aux marches de l’église et je m’y assis,
Dépassée par la vision.
Les autres arrivèrent et se rassemblèrent autour de moi,
Choqués par ce qu’ils voyaient.

Mais étrangement,
Se mit à flotter dans l’air,
Une atmosphère de légèreté,
Que tous semblèrent ressentir.
Les tâches cessèrent donc d’être ces choses insurmontables,
La crise marqua notre histoire commune d’une trêve inattendue.

Je me levai,
Le vent et le soleil moribond balayèrent mon visage de tous soucis,
Le tourbillon s’éloigna,
Et je pris ma première inspiration depuis longtemps.

Je les regardai un à un, dans les yeux,
Le sourire aux lèvres.

En chemin,
Je vis un jouet parterre,
J’eux un pincement au cœur,
Je ne pouvais oublier que cet enfant avait probablement périt,
Je pensai alors à ma propre enfance,
Comme me semblait-elle éloignée, à présent.
Mais, en même temps,
Je ne pouvais m’empêcher d’espérer,
Au fond de moi,
Même si le savais-je irrationnel,
Que je pouvais m’en sortir,
Ne serait-ce que pour la sauver,
Cette enfant que j’eusse été,
Souhaitant peut-être, aussi, un peu,
Redevenir celle-ci.

Je ne pouvais non plus totalement ensevelir,
La femme que j’étais devenue,
Celle qui ne serait jamais mère,
Mais qui le désirait,
Avec une tristesse que je fis vite de refouler,
Le temps que je ramasse le jouet,
Et que j’en fasse mien.

Je déclarai alors intérieurement :
Je suis beaucoup plus une farouche guerrière,
Défenseure du peuple,
Que ta femme.
Et malgré la douleur,
Sans doléance,
Dois-je me vouer à cette tâche,
Malgré la peur,
Malgré les pleures, la nuit.
Il semblerait que ces deux parties de moi,
Refusent de coexister.

J’ai peur…
J’ai peur de ma propre nature,
Mais les circonstances ne mentent jamais.
J’ai l’impression de vivre un calvaire de deuil,
Depuis bien trop d’années.
Et même si je suis tout près de passer en rampant,
Le pas de la porte menant à l’acceptation,
J’ai peur de moi.
Mais surtout,
De qui je deviendrais alors,
Si je venais qu’à enterrer celle qui me terrasse tant,
Si je venais à juger nécessaire,
De me défaire de l’autre que je suis.

Elle me regardait,
Elle, la médium,
Elle avait lu en moi et en était bouleversée,
Elle, la visionnaire.
Nos regards se croisèrent,
Comme les fers de sœurs guerrières,
De façon iconique,
À la veille d’une bataille,
Et le moment, lui, se figea,
Pour laisser le temps au soleil de mourir derrière la montagne,

Avant que je n’aie pu reprendre tout mes sens.
Nous gravitâmes une pente,
En route vers le Chalet,
Et là, nous prîmes place sur le grand garde-fou de granite.
Nos yeux rivés sur la brûlante, scintillante ville,
Loin, plus bas.
C’était comme si la faible brise nous en apportait l’énergie.
Je pouvais sentir, dans le sol, il me semblait, les battements de son cœur.

Peu après le début de ma coalition avec le Capitaine Morgan,
Je tombai par-dessus bord,
Coulai dans mon propre monde,
Et restai au fond d’un océan de réflexions,
Où la lumière m’inondait de rayons argentés
À travers des ondulations noires.
Je trouvai alors mon cœur en complicité avec la cité,
J’étais belle et bien de retour aux sources,
Et à ce moment,
La passion renaquit,
Me rappelant les raisons à tout ce fatras.
Il me sembla,
Le temps d’un moyen soupir,
Que la vie retrouvait son essence,
Son goût.

Je retournai lentement vers la surface,
Je pouvais entendre la voix des miens,
En crescendo,
Alors que je retournais parmi eux,
Dans leur monde.
Et dans leur univers,
Ils chantaient.
Je reconnu les paroles de Sunday, Bloody Sunday.
Il mit son bras autour de mes épaules,
Mon ami de combat.
J’étais ivre,
Ivre de vivre,
Surtout le moment présent,
Et je m’y laissai fondre,
Buvant à grandes gorgées,
Un rhum ambré,
À même cette bouteille,
Que je tenais maintenant,
Trop serré,
Et un bonheur nacré,
À même cette vie unique,
À laquelle je tenais,
Trop serré.

À ce moment,
Je me retrouvai dans le VRAI monde.
Pour la première fois,
Depuis longtemps,
Je réalisai qu’au dénouement de cette bataille,
Tenait le sort de tous,
Comment avais-je pu l’oublier?

J’étais maintenant hors de ma torpeur,
Et la porte de cet univers claqua derrière moi.
Je compris tout ce qui s’était produit,
Et ressentis véritablement la différence entre comprendre,
Et véritablement comprendre,
Ce qu’était ressentir,
Et réellement ressentir.

Je ne pouvais plus respirer,
Mes yeux versaient les larmes d’une cruelle vérité.
Je voulu crier à la ville entière,
Hurler pour tous ceux perdus,
Et les autres encore à sacrifier.
Parce que j’avais échoué,
Et que j’allais échouer derechef.

La bouteille glissa de ma main,
Du garde-fou,
Dans les arbres,
En-bas de la pente.
La névralgie,
Tout mon corps devint chiffon,
Et je me laissai choir à mon tour du garde-fou,
À genoux, sur le sol carrelé de granite,
Qui avait été chauffé par le soleil,
Et voilà du concret!

J’étais paralysée,
En état de choc depuis l’attentat,
Mais l’onde de choc de la réalité,
Elle me frappa de plein fouet,
M’envoyant valser à l’autre bout, de ce que j’avais pris pour acquis,
Croyais être la réalité.

Je pris conscience que je hurlais,
Tous m’entouraient,
Et si je pouvais à peine les voir,
Je sentais leur présence.
Elle apparut dans mon champ de vision,
Elle me parlait,
Mon amie,
Mais je n’entendais rien,
J’étais terrassée par la douleur,
Clouée au sol en sacrifice pour les maux de tous,
Car Altas,
Je prenais le poids du monde,
Qui m’enfonçait dans les abysses de mon empire.

J’émergeai des eaux noires,
Pour un instant où quelqu’un me souleva de terre.
Je vis des yeux, autour,
Ils pleuraient aussi.
Ils semblaient partager cette même souffrance.

Je m’entendis alors crier son nom.
On m’emmena,
J’ignorais où,
Je l’ignorai,
Car cela n’avait plus d’importance.

Quand je me réveillai,
Étendue sur un lit de mousseline blanche,
Bordant le lit d’une chambre ivoire,
Une large fenêtre était ouverte.
Une brise légère pénétrait dans la pièce,
Dansant avec les plein-jours immaculés,
Dans la vive lumière du soleil de juin.

Mais à quel endroit dans Enfers étais-je donc?

Le mal de Charlotte

Afin de repousser les attaques incessantes de son ennemie, Charlotte, aculée au pied du mur, ne voyait plus qu’une solution : le journal local.
Mais comment s’en emparer alors qu’elle se dressait entre elle et lui et qu’elle refusait de changer de position?
Les quelques fois où son adversaire s’était approchée d’elle, la menaçant de son usuel venin, Charlotte avait été forcée de battre en retraite. Maintenant, si elle ne réussissait pas cette dernière tentative de se libérer de la menace, elle considérait probablement se jeter du haut de la fenêtre. Cela faisait trop longtemps qu’elle se débattait sans succès afin de se sortir de ce piège.
Diantre! Mais quelle mouche l’avait donc piquée pour qu’elle en vienne à croire en une solution aussi drastique!? Il était hors de question qu’elle déclarât forfait!
Quoi qu’il en soit, il n’était plus question de tourner en rond, autour du même vieux pot poussiéreux afin de l’éviter, elle devait directement fondre sur Rome, par le seul chemin qu’il l’y mènerait, l’affronter, défier ses peurs et mettre fin à ces assauts contre sa personne, ces intrusions malsaines dans son environnement quotidien.
Elle était certaine que les bourdonnements à ses oreilles étaient le signe qu’elle vilipendait à son aise, qu’elle s’apprêtait frapper derechef.
Si au moins elle avait le courage de tendre le bras et atteindre le bottin téléphonique, pourtant seulement à quelques pas d’elle, appeler à l’aide…
Toutefois, elle restait recroquevillée dans un coin de la pièce, totalement terrorisée, attendant que la solution miracle surgisse ou qu’elle s’efface complètement de la mémoire de son antagoniste.
À court de solutions tangibles, elle s’autorisa un délicat exutoire, celui de spontanément rechercher du réconfort dans le blâme d’autrui : « Comment avait-il pu être assez négligeant pour la laisser entrer chez-nous? Il le savait, pourtant, qu’elle et moi avions une aversion mutuelle. Que cherche-t-il à me faire comprendre, en lui permettant ainsi de s’immiscer dans mon espace vital? Bon! Nous y voilà! Voici l’installation de la paranoïa! »
Elle jeta un coup d’œil à l’horloge, 16 h 34 et quelques poussières; il lui restait tellement de travail à faire! Elle ne pu s’empêcher de penser que c’était la meilleure façon de lui nuire, après tout, que de l’empêcher de faire son travail.
Emplie de frustration, elle émit un son hybride entre un soupir et un grognement morgue, réprouvant sa propre bêtise, sa faiblesse. Elle était incapable de faire la part des choses et de ne plus se laisser affecter par sa présence, ses invectives. Il y a longtemps qu’elle aurait du faire cet exercice sur elle-même, elle en était consciente, mais enfin, on ne se refait pas si facilement.
Elle agonit derechef sa rivale, signe qu’elle ne courberait pas l’échine. Non, elle ne capitulerait pas! Et puis quoi encore? Elle était tout de même l’adjointe du maire, s’enorgueillit-elle gaillardement, il n’était aucunement question de se montrer flexible!
Une seule ouverture, une seule chance, implora-t-elle, convoitant l’unique occasion à saisir pour lui rendre la monnaie de sa pièce… plus les intérêts, osa-t-elle même espérer, en brandissant le point, mais pas trop haut, quand même, à peine plus haut que le menton.
Cela exprimé, elle retourna s’asseoir sur un des bancs arrière de l’auditoire, déplorant le fait qu’elle fût spectatrice de sa propre existence.
Or, venait-elle à peine d’entamer son ascension vers le sommet de la sombre montagne du désespoir que son monde fut soudainement ébranlé et qu’un interstice se forma dans le roc de sa couardise, faisant ainsi pénétrer la lumière, lui éclairant la voie.
Elle couru, attrapa cette fichue Gazette du Riverain et en assena un coup démesuré à son clavier alors que la pauvre guêpe, injustement déclarée paria, venait de s’y poser.
Il était plus que temps qu’elle se défasse de cette détestable phobie.

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Ourdissage

(Texte lu aux Auteurs du Dimanche sous le theme « Cohabiter » 5 octobre 2014) 

 
Au moment où elle mit les pieds sur la moelleuse moquette beige du bureau de la maison ministérielle, l’heure marqua la déhiscence de la première démarche de leurs desseins. Une fraction de seconde plus tard, au mépris de ces intenses années d’entrainement, submergée par le doute, la peur faillit la contraindre à une génuflexion devant son impérial pouvoir de dissuasion. Or, afin de se donner consistance, elle s’autorisa, pour une dernière fois, l’évocation du leitmotiv qui l’avait poussée à consentir au sacrifice de son innocence.

Depuis son élection au poste de premier ministre, Cauchon, lié à l’asservissement de la pécune, jouissait de façon putassière de la liturgie des oligarques de divers cartels. Fidèle abonné à l’indifférence, il ne pressentait aucunement l’urgence de louvoyer en se formalisant de tout et tous ceux, humains, bêtes et végétaux, dont l’existence était pourrie par les actions et intérêts de plaies de son acabit, coexistaient de moins en moins aisément sur les territoires du monde.

À chaque jour où l’on nous permettait de fouler le sol moribond de Terre Mère, Cauchon nous donnait une nouvelle raison de se sentir honteux et honteuses d’être de cette sorte qui croyait pouvoir se permettre de tout dominer.

On oublie facilement que d’avoir la prétention d’être assis tout en haut de la pyramide rend vulnérable l’effondrement du à la disparition de tout ce que l’on ose, en toute irrévérence, forcer à supporter le poids du supposé plus fort. Elle imagina alors, avec répugnance, que ce devait être, au fond, ce que les historiens appellent les piliers de l’Humanité.

Il était assis à son bureau, profondément perdu dans ses pensées, probablement à ourdir ses usuels et fangeux complots. Elle, tout de noire vêtue, encagoulée, un sabre dans son dos, qu’elle dégainait très lentement au gré de son évolution prudente, était maintenant emplie d’une sereine résilience.

Non! Il était hors de question de faire de ce shogun d’extraction douteuse un nouveau Pinochet. Il devait répondre, ce soir même, de ses infamies!

Elle fit alors deux pas des plus assurés, toutefois, son ambivalence la fit reculer derechef dans l’ombre du doute.

Nous allions décapiter une nation, néanmoins, sans écimer l’idéologie capitaliste et défaire l’arborescence de tout ce qui cohabite, sur cette planète, l’hydre capitaliste ferait réapparaitre, dès demain, son même vieux chef hideux. Ce coup d’épée dans l’eau valait-il une telle abnégation de sa part?

De ce combat intérieur, elle comprit donc que c’était le doute et la confiance qui séparaient tant les siens de leurs adversaires titanesques; Cauchon ne se remettait-il jamais en question?

Déstabilisée, elle évita une chute de justesse, au mépris de ses années d’entrainement, elle n’adhérait toujours pas au fanatisme qu’on tentait de lui inculquer. Si elle partageait la vision globale de ses pairs, elle restait un être pensant à part entière ce qui lui permit de comprendre l’inutilité du geste qu’elle s’apprêtait à poser.

De plus, en faire une victime ne lui attirerait-il pas la sympathie de la population? N’offraient-ils pas alors l’opportunité à leurs ennemis de les vilipender, dans les médias, avec, comme seule récompense, l’assassinat de l’un de leurs vulgaires pions?

Mais n’était-il pas trop tard pour reculer? Elle avait réussi à pénétrer à l’intérieur de la maison sans se faire prendre, sachant qu’une fois son devoir accompli, il n’y aura pas de chemin de retour. Elle serait donc parvenue à entrer absolument pour rien? Que penseraient les siens, si elle reculait maintenant? Comment se sentirait-elle lors de son dernier soupir? Préférait-elle mourir en traitre aux yeux de ses amis ou quitterait-elle ce monde tout à fait intègre?

Le bras stoppé net dans son mouvement, elle rengaina son sabre, baissa la tête, ferma les yeux se demandant depuis combien de temps elle se livrait à cette lutte inopinée, mais puisqu’il était impossible d’obtenir une réponse claire à cette question, elle réorienta ses pensées sur sa situation précaire. Comment avait-elle pu croire une seule minute qu’il serait salutaire de mettre hors d’état de nuire quelqu’un qui allait, de toute façon, être remplacé?

Prise au dépourvu, incapable de trancher la question, elle resta ainsi, pétrifiée, ignorant le temps qui s’écoulait et qui jouait en sa défaveur.

C’est alors que ce qu’elle craignait arriva; elle entendit la porte ouvrir derrière elle et quelqu’un l’interpeler:

-Hey! Est-ce toi qui as encore pris tout mon lait?

Irritée, elle se détourna de son écran, interrompue en pleine rédaction, et avisa son colocataire, debout, en caleçon et en t-shirt des Nordiques, une pinte de lait vide à la main affichant un air on ne peut plus indigné.

Trying to Keep it Together

Windy, raging rain, and she was lost in the labyrinth of the dirty city, lost in the dark of urban lust, her eyes blinded by the light, she was crying out for him to listen, crying loud her desire for him to come back. Echoing her voice over the hill, he was running away. Her waterlogged dress was hard to carry, like the pain and regrets in her broken self. He was wounded and the scars were still bleeding. It was like his blood diluted in the rain was tainting the fabric of the clothes of regret covering her mind. She was running, carrying on her pain along the corridor of bricks, she found herself lost in her hometown, running far behind time, trying to repair the wounds. Her arms before her, completely blind like a headband of lies was covering her eyes, like  the ugliness of this world always had made her this weary, she was trying to find the day.

Behind her, she heard a voice, than she brushed the face of beaten up soul, and was holding it between her hands. He kissed her softly. And showed her the way to follow, to the top of the green hill, where the sun was shining. “Now run away”, he said. She did so, she ran towards the sun, in the rain and dirt, her feet nude and cold, she ran and ran it seemed to last days and that there was too few of them left to spend. With only her ears and her fingertips to find the path, she was barely breathing, lost again, to finally feel.

The closer she got to the hill, the less the rain was raging. When she got to the hillside and she started to climb the mountain, from far away she could hear it, once again; along the sanctum to the very top, she recognized his voice. He was waiting for her there, among the trees, there where the rain and dirt do not exist. He came to her, and gently removed the headband from her eyes. He was smiling in the sun light.

They were different, but they were the same, and beneath the cloud covered city, was crying the ones they were before.

 

Karen Juliette Lalonde (2002/01/25)

Le cheval de Troie est de feu

Un de mes amis a parlé de la satisfaction du travail accompli, dans son statut facebook, il n’aurait donc pas du…

Quand j’y pense, je ne peux pas me vanter de ça, moi, la satisfaction du travail accompli. Mon inspiration est aussi actif que la ligne du cardiographe d’Aphrodite alors qu’elle et Eros se sont entre-assassinés, la dernière fois qu’ils se sont battus aux couteaux, pour des propos insignifiants, sur facebook! Pour les punir, Zeus leur a coupé le WIFI ben sec!

Ouréal, notre dieu de la montagne l’ami responsable de la rencontre d’Aphrodite et d’Eros éclate d’un rire franc, il est avide d’histoires torrides, tout en haut, à son sommet. Aphrodite approuve, encouragée par son hilarité.

Aphrodite, bien ennuyée par sa soudaine panne de désir, pour son amant Apollon, se dit qu’elle se paie la traite pour palier à ce petit désagrément, afin d’essayer de se redonner de la vigueur à l’inspiration perdue. Un bonne bière d’hibiscus du Dieu du ciel pour plaire à Zeus, peut-être sera-t-il alors clément et rétablirait la communication entre elle et son beau Eros, perdu dans les « Internets » à la recherche d’ âmes simples avec qui débattre sans lendemain.

Ne vous en déplaise, Zeus, Aphrodite opta, en finale, pour une Cheval Blanc, car si elle est moins couteuse,  elle représente davantage son inspiration, qu’elle voit plutôt comme un étalon… c’est d’ailleurs son astrologie, Étalon de feu… On l’appelle donc aussi le Cheval de Troie de feu. Et elle se dit alors : « Mais dans quel triangle amoureux me suis-je donc foutue? »

Voilà que Thémis, la déesse de la justice, mais aussi la cousine d’Aphrodite, aussi guerrière farouche, se compare à Eros, se disant aussi Cheval de feu. « Il est combattant, cet Eros », dit-elle. Aphrodite s’empresse alors de lui préciser : « De Troie, au sien, on ajoute de Troie! » « Pourquoi de Troie », demanda, Thémis. La question resta sans réponse.

Tout à coup apparait Dionysos, le saoulons d’ami d’Aphrodite, qui habite  Panthéon en Québec (où tous les dieux siègent pour décider qui dort et qui dine) et qui se plaint d’avoir soif et qui commence à élaborer ses expériences gustatives de différents jus de céréales fermentés. Aphrodite lui fait la moue en lui précisant que la fermentation de l’ours blanc, elle ne l’intéresse plus depuis belle lurette, pour cause d’abus. Il réplique en disant que lui, il n’est plus capable de saper celle sous le sceau de l’Unique, sauf pour celle à trois sous, avec parcimonie et pour pas mal les mêmes raisons! La conversation s’achève par une introspection de part et d’autre…

Aphrodite, commence à être éméchée, un tantinet…

Et elle essaie sans cesse retourner aux côtés d’Apollon, qu’elle affectionne de plus en plus, depuis qu’Eros galope d’une page à l’autre à répandre les compliments mielleux à faire la loi de la moyenne parmi les déesses de sa rotonde de lumière. Tout cela au lieu de tout simplement piétiner son orgueil et revenir à la charge du côté de son Aphrodite. Mais tous se mettrons à travers son chemin… Même Athena et Chronos qui commentent sur la guerre en Syrie et qui clament haut et fort que ce n’est pas du jeu. Mais tous finiront par lui remonter le moral en la couvrant d’éloges à la place d’Eros, surtout Ouréal, étonnamment. Il lui dit de cesser de le déconcentrer dans son éternelle ascension  vers le sommet…

Elle se rappelle soudainement qu’Eros est celui qui ne cessait de la pousser dans les bras d’Apollon…

Enfin, triste, et larguée par les deux plus beaux êtres auxquelles elle tenait, Eros et Apollon, et un peu trop sous l’influence de Dionysos, Aphrodite, que très peu farouche, s’abandonna, finalement, dans les bras de Morphée!